Slow logistique : la fin du “toujours plus vite” au profit d’une livraison plus durable
Face à l’urgence climatique et à la pression croissante des consommateurs, les entreprises revoient leurs priorités. La slow logistique, qui consiste à ralentir certains flux pour mieux les organiser, connaît un regain d’intérêt. Les réglementations comme les Zones à Faibles Émissions, les objectifs de réduction du CO₂ et l’évolution des attentes clients poussent les organisations à s’éloigner du modèle de la livraison « toujours plus vite », aujourd’hui fragilisé.
Comme l’explique Jean‑Michaël Carli, vice‑président des ventes Europe du Sud chez PTV Logistics, cette approche n’est pas nouvelle. Elle réapparaît chaque fois que les enjeux climatiques et économiques s’intensifient. Si elle revient en force aujourd’hui, c’est parce que le paradigme a changé : les entreprises disposent désormais des technologies nécessaires pour la mettre en œuvre de manière structurée, mesurable et performante.
Cet article décrypte les raisons de cette accélération, les bénéfices observés et le rôle essentiel de la modélisation dans cette transition.
Qu’est-ce que la slow logistique ?

La slow logistique est une approche qui consiste à ralentir volontairement certains flux, non pas pour dégrader le service, mais pour optimiser l’utilisation des ressources, massifier les volumes et réduire l’empreinte carbone.
Contrairement aux idées reçues, elle ne s’oppose pas à la performance. Elle vise plutôt à :
- réduire les kilomètres inutiles ;
- favoriser des modes de transport moins polluants ;
- améliorer la fiabilité plutôt que la vitesse.
Idée clé : ce qui satisfait réellement le client, ce n’est pas la vitesse de livraison, mais la garantie que la livraison arrive au moment promis.
Un modèle basé sur la fiabilité plutôt que sur la vitesse
Pendant des années, la rapidité a été présentée comme l’indicateur majeur de performance logistique. Pourtant, les attentes évoluent et les chiffres le montrent clairement.
Selon l’IFOP (2025) :
- 68 % des consommateurs sont prêts à accepter un délai plus long si le créneau est fiable ;
- 74 % accordent désormais de l’importance à une livraison éco‑responsable.
En parallèle, le modèle express montre ses limites. Certains acteurs du dernier kilomètre peinent à maintenir leur activité, soulignant bien que la rapidité à tout prix n’est plus soutenable. Les Zones à Faibles Émissions (ZFE) obligent également à repenser les tournées et les types de véhicules, tandis que la hausse du carburant, l’inflation et la pénurie de chauffeurs accroissent la pression sur les coûts.
À cela s’ajoute un enjeu climatique majeur : le transport représente près de 30 % des émissions de CO₂ en Europe (AEE, 2024).
Dans ce contexte, la slow logistique s’impose comme une alternative pragmatique : ralentir certains flux permet de mieux les organiser, de massifier les volumes et de tenir une promesse client plus fiable, tout en réduisant l’empreinte carbone.
Pourquoi la slow logistique s’accélère vraiment aujourd’hui ?
Dans sa tribune, Jean‑Michaël Carli souligne que la slow logistique revient en force car les entreprises peuvent enfin s’appuyer sur des technologies fiables pour la piloter. Les outils de simulation et d’optimisation permettent de tester plusieurs configurations, de comparer les impacts et de sécuriser les choix avant tout changement opérationnel.
Les entreprises comprennent désormais que ralentir peut améliorer la qualité de service, que l’optimisation globale est plus rentable qu’une accélération segmentée, et que la planification avancée facilite la prise de décision.
La slow logistique ne relève donc plus d’une intuition écologique : elle devient un levier stratégique étayé par la donnée.
Le rôle de PTV Logistics
Les solutions de planification avancée, de cartographie urbaine et de simulation multi‑scénarios utilisées par PTV Logistics permettent d’évaluer de manière concrète :
- les économies de CO₂ selon les scénarios testés,
- la faisabilité de nouveaux créneaux,
- les véhicules les plus adaptés selon les zones,
- les délais réalistes compatibles avec la promesse client.
Cette expertise a conduit au lancement du projet Slow Logistique avec le Club Demeter pour fournir aux entreprises des données tangibles et des modélisations applicables en conditions réelles.

La technologie : un moteur décisif de la slow logistique
L’émergence de solutions numériques puissantes change la donne. Grâce à l’optimisation algorithmique, les entreprises peuvent modéliser en temps réel plusieurs scénarios, ajuster fréquence et délais, évaluer les émissions ou les coûts, et envisager des modes de transport alternatifs comme les véhicules électriques, le ferroviaire ou les vélos cargos.
Les ERP, TMS, APS et outils de traçabilité jouent un rôle complémentaire en fournissant une base de données exploitable pour prendre des décisions solides.
Des bénéfices mesurables
Les premiers résultats convergent : ralentir certains flux permet de gagner en efficacité globale.
Les simulations menées dans le secteur montrent :
- –15 à –25 % de trajets, grâce à la massification,
- une baisse proportionnelle des émissions de CO₂,
- une adoption facilitée des modes doux,
- une amélioration de la fiabilité des créneaux de livraison.
Moins de camions sur les routes, plus de stabilité opérationnelle, et une promesse client mieux respectée : la slow logistique prouve son efficacité sur tous les plans.
Comment amorcer une transition vers la slow logistique ?
La volonté d’adopter des schémas plus responsables est réelle, mais la démarche soulève encore des questions : jusqu’où ralentir sans dégrader la qualité de service ? Quels flux massifier ? Quels impacts prévoir sur les délais ou les coûts ? Comment anticiper les effets avant de réorganiser la chaîne ?
C’est précisément là que la modélisation devient essentielle. Les entreprises peuvent simuler plusieurs configurations, mesurer leurs impacts et engager une transition progressive, sécurisée et adaptée à leur activité.
Une stratégie durable, soutenue par la simulation

La slow logistique n’est plus un concept théorique. Elle s’impose comme une approche structurante pour concilier performance, durabilité et résilience. Grâce aux solutions de simulation et d’optimisation, les entreprises peuvent réduire leur empreinte carbone tout en améliorant la fiabilité de leur promesse client.
Comme le résume Jean‑Michaël Carli :
« Dans un grand nombre de cas, il s’agit de ralentir pour massifier, afin d’optimiser le nombre de livraisons et réduire les émissions de CO₂. »
Les organisations qui adoptent cette démarche prennent une longueur d’avance, à la fois écologique, économique et opérationnelle.
